Monnaie et circulation monétaire à l’époque classique

PALLAS, 74, 2007, pp. 111-126 Monnaie et circulation monétaire à l’époque classique Olivier Picard (Université de Paris IV) Mines d’argent et monnayage La circulation monétaire dans le monde grec est alimentée, à partir de la seconde moitié du vie siècle, par la mise en exploitation de trois grands gisements d’argent. Le 1er est celui de Siphnos, dont l’exploitation a dû commencer avant 550 pour devenir importante à partir des années 5401, le second celui du Pangée, dont le métal sert à frapper monnaie peut-être dès les années 530-525, mais plutôt à partir de la conquête perse de 513 qui impose aux populations soumises le paiement d’un tribut 2. Enfin le gisement du Laurion découvert avant 510 atteint un premier pic d’exploitation vers 4853, ce qui permettra à Thémistocle de proposer sa célèbre loi navale en 483. Il est remarquable que dans les trois cas, l’extraction du métal du métal ait suscité la frappe de monnaies, sous des formes différentes. Le cas le plus simple est celui d’Athènes qui change alors le type de son premier monnayage (les monnaies « blason ») pour adopter les types de ses fameuses chouettes, qui présentent au droit la tête de la déesse poliade, Athéna, à qui est associée au revers son animal symbolique, la chouette ; c’est aussi au revers que se trouve normalement l’ethnique et, plus tard, des marques de contrôle : ce schéma du dieu poliade et d’un animal ou d’un objet associé au dieu s’imposera, surtout à partir du iv e siècle, comme le modèle du type monétaire de la cité. Le nom de chouettes comme d’autres monnaies (tortue d’Égine, poulains de Corinthe, est un nom officiel connu pas des textes et des inscriptions). La situation est plus complexe dans le district minier du 1 Cette chronologie dépend de celle du monnayage d’Égine, qui n’est pas établie avec certitude. La date de 525, retenue par nicolet-pierre, 2002, p. 137, est trop basse, celle de krAAy, 1976, p. 4243 (deuxième quart du vie), trop haute. Une pièce d’une des toutes premières émissions d’Abdère, la seconde selon mAy, 1966, p. 60 (mais l’ordre n’est pas absolument certain), a été trouvée dans le trésor de l’Apadana de Persépolis, IGCH 1789. picArd, 2000b. Les contraintes de la mise en exploitation du gisement interdisent de penser que le gisement aurait été découvert seulement en 483, picArd, 2001. 2 3 112 Olivier PicArd Pangée et des montagnes environnantes, où plusieurs ethnè thraces, les cités grecques de la côte, divers bénéficiaires de dôrea perses, puis après 480 le roi de Macédoine Alexandre, se partagent l’exploitation de ces mines4. La région se caractérise par la frappe de pièces très lourdes, dont plusieurs ont été retrouvées loin dans l’Empire où les avaient apportées moins le paiement du tribut que les rapines de l’armée perse. Les mines de Siphnos posent un problème plus complexe. Les statères à l’aigle sont en nombre étonnamment modeste, même si la cité supporte de grosses dépenses et si sa richesse suscite l’envie5. Les monnaies les plus importantes en Égée à cette époque sont les tortues d’Égine (suffisamment répandues pour que leur nom nous soit parvenu) et il ne paraît pas douteux qu’une part très importante du métal provient de Siphnos6. Ce choix de la monnaie (qui était apparue au début du siècle en Lydie) n’est pas un phénomène de mode : il montre que la monnaie apparaît aux gens de l’époque comme l’instrument le mieux adapté pour remplir les très lourdes exigences économiques que requiert la mise en exploitation des mines. Ce genre d’entreprise dont le processus est très lent, comme on le constatera à lenteur du redémarrage des mines après le saccage des installations en 480 et en 413, entraîne ipso facto une circulation monétaire qui s’entretient d’elle même. Le seul cas connu est celui d’Athènes, où certainement dès le vie siècle (notre documentation n’apparaît pas avant la deuxième moitié du v e, mais rien ne permet de penser que le mode d’exploitation des mines ait changé, cf. ci-dessous), la cité met en location à prix d’argent les galeries à exploiter. Les exploitants ont de lourds investissements à faire : nous ne sommes pas capables de les chiffrer pour l’Antiquité7, mais les renseignements que fournissent les mines d’Amérique latine au xvie siècle donnent du moins un ordre de grandeur, à une époque où les conditions techniques ne sont pas très différentes : il faut quelque 5.000 hommes à l’année pour œuvrer à tous les stades de la production d’une tonne d’argent, qui nécessite l’emploi de 10 000 tonnes de charbon de bois, sans parler du bois pour étayer les galeries8. Ni Siphnos, ni même Athènes ne disposent sur place de la main d’œuvre et des matériaux nécessaires, qu’il faut donc faire venir par bateau de l’extérieur. L’activité minière suscite un mouvement commercial important, les documents miniers montrent qu’y participe une multitude d’entrepreneurs, depuis ceux, sans doute très nombreux qui sont à la tête de quelques esclaves et doivent contracter des emprunts, ainsi que de gros financiers comme Nicias qui font fructifier de gros capitaux9. 4 5 6 7 8 9 Cf. l’histoire d’Histiée de Milet ou la Chôra Datou, picArd, 2006b. k , 1976, p. 45. Sur la richesse de Siphnos, Hérodote, qui cite notamment le trésor de Delphes ; rAAy wAgner, weisBerger, 1985. Mais la proportion est difficile à évaluer. FigueirA, 1986, p. 144-149, a tendance à le minimiser. Les indications de Diodore, III, 12-14, d’après Agatharchidès, pour les mines d’or d’Égypte, de Polybe, XXXIV, 9, 8 (= Strabon, III, 2, 10) pour les mines d’argent de Carthagène, ne sont pas transposables au Laurion. p icArd, 2001, d’après pAtterson, 1972. conophAgos, 1980 ; mussche, 1998. Un exemple de transport de de bois pour les mines, Démosthène, C. Midias, 167. Démosthène, C. Pantanaitos. Pour Nicias, gAuthier, 1976, p. 136-144. monnAie et circulAtion monÉtAire à l’Époque clAssique 113 La circulation monétaire Étudier la circulation monétaire pose de gros problèmes méthodologiques. La question n’a guère intéressé les Anciens10. Nous disposons de deux sources, toutes les deux partielles, qu’il est nécessaire mais difficile de mettre en relation. La première est constituée par les textes financiers, littéraires ou épigraphiques. Ils fournissent parfois le nom des espèces utilisées, une information très précieuse11, mettent en évidence des opérations monétaires qui n’auraient pas été soupçonnées autrement12, sont indispensables pour comprendre les mécanismes de la comptabilité antique. Les indications de prix sont toujours importantes, même si, en dehors de quelques exceptions13, je reste sceptique sur la possibilité de reconstituer l’évolution des prix. L’autre source est la monnaie elle-même et ses contextes de trouvaille : monnaies de fouille et surtout les trésors. Les numismates sont capables de reconstituer avec une grande précision la fabrication de la monnaie, la succession des émissions et d’en estimer le volume, fixant ainsi la fourchette chronologique d’un monnayage, sans pouvoir souvent donner d’année précise. L’analyse de la circulation monétaire est longtemps partie de la célèbre formule, souvent utilisée par L. Robert14 : les monnaies d’argent nous renseigneraient sur les mouvements des marchandises, les monnaies de bronze sur ceux des hommes. Je crains que les deux affirmations soient contestables. Il est clair que les trésors de chouettes ne permettent pas de reconstituer le commerce d’Athènes. Un emporos voyageait avec un minimum d’argent15. Les plaidoyers maritimes du corpus démosthénien montrent que celui-ci et ses associés empruntaient sur la place de départ pour acheter des marchandises qu’ils revendaient au lieu d’arrivée contre des espèces locales réutilisées aussitôt pour acheter d’autres marchandises qui seront exportées. Le Proche-Orient et plus tard le port d’Alexandrie constituent peut-être une exception, la faiblesse du prix du blé local rendant rentable l’importation de monnaies : cela expliquerait l’afflux de chouettes athéniennes dans les trésors du Proche-Orient au v e et au iv e siècle ; à Alexandrie, on admet, notamment sur la foi de la célèbre lettre des archives de Zénon que des marchands étrangers importaient des monnaies étrangères. Les trésors sont les restes de sommes qui ont été dissimulées, le plus souvent pour des raisons de sécurité et qui n’ont pas été récupérées, très vraisemblablement à la suite de la mort de leur propriétaire. Aucune raison d’ordre économique n’intervient dans ce processus dans leur perte. Il est illusoire de croire qu’une carte des trésors nous renseignerait sur la 10 Quelques remarques isolées, par exemple dans les Poroi, gAuthier, 1976, p. 79. 11 r oBert, 1951, p. 105-135 (le stéphanéphore athénien) ; p. 143-18 (inventaires de Délos). mArcellesi, 2004, p. 27-40, 103-107 et passim, pour Milet. picArd, 1988, (comptes à apousia de Delphes). 12 Frappe de monnayage déficitaire, cf. ci-dessous n. 39. Monnayage plinthophore de Rhodes, mArcellesi, 2004, p. 158-160 ; 2007. Paiement en numéraire de bronze de fortes sommes en bronze, picArd, 1991 ; 2006a. 13 Les seuls cas fiables de séries de prix que je connaisse sont ceux étudiés à Délos par reger, 1994 ou en Babylonie par vAn der spek, 2006. 14 roBert, 1951, p. 77, n. 8. 15 Cf. n. 10. sAlmon, 1984. 114 Olivier PicArd géographie des échanges antiques. Tout au plus, mais c’est un champ d’étude qui reste à peu près vierge, la corrélation entre la dispersion de certains types de monnayages et les sources historiques pourrait-elle mettre en évidence certaines pratiques financières : c’est le cas, en Macédoine, des tétroboles au cheval et de ceux au cavalier, plus lourds, dont les premiers ne circulent que dans le royaume et les seconds à l’extérieur, ce qui pourrait correspondre, semble-t-il, à une différence dans le paiement de la solde du cavalier16. La monnaie n’a pas été frappée pour être thésaurisée17 : les Grecs préféraient consacrer le métal précieux sous forme de vases ou de statues offerts aux dieux, quitte à considérer ces objets comme des réserves monnayables18 et il y a toujours eu un va et vient entre monnaies et orfèvrerie stockée. La monnaie a donc été frappée être utilisée, ce qui entraîne une circulation monétaire. Quand une cité décidait de frapper des nomismata, objets légaux, elle promulguait en même temps des lois qui en imposaient l’emploi dans plusieurs cas : le paiement des amendes, certainement les droits sur les marchandises comme le 1/50e et sur les marchés, d’autres prélèvements. Certaines de ces lois sont connues, notamment à Delphes, où le sanctuaire utilise la monnaie dès les années 49019. Laissons de côté le cas des premières monnaies en électrum, qui sont à mettre en relation avec les ambitions impérialistes des rois de Lydie. En Grèce, les deux premiers grands systèmes monétaires, celui des tortues d’Égine et celui des poulains de Corinthe sont évidemment en rapport avec le développement des relations maritimes de ces deux cités20. Nous abordons la question délicate des rapports entre guerre et monnaie. J’ai commencé par évoquer des usages économiques de la monnaie, dans les mines et le commerce ainsi que son emploi fiscal. À la fin du vie siècle, le grand moteur qui entretient la circulation monétaire est le développement des marines de guerre. Certes il y avait des flottes de guerre avant la monnaie. Mais l’acquisition des matériaux de construction, l’entretien de l’équipage sont grandement facilités par l’usage de la monnaie. D’autre part la mer apparaît aux Grecs comme le meilleur endroit où s’enrichir : c’est, nous disent les Anciens, ce qui a guidé la conduite de Polycrate de Samos ou celle des Éginètes, qui associent la possession de la plus grande flotte de guerre avant 483 à la réputation d’être les meilleurs kapeloi (Strabon, VIII, 6, 16). A cet égard, la proposition faite aux Athéniens par Thémistocle en 483 est significative : la cité est riche maintenant des revenus du Laurion ; la frappe des chouettes bat son plein 16 PsômA, 2001, p. 147-187 ; picArd, 2006b, p. 280. 17 L’Antiquité a cependant relevé quelques accumulations célèbres : Pythios de Sardes se vantait de posséder près de quatre millions statères dariques ainsi que 2000 talents d’argent, Hérodote, VII, 28 ; Xénias d’Élis « mesurait l’argent … au boisseau » (au lieu de le compter), Xénophon, Helléniques, III, 2, 27. 18 C’est clairement affirmé par Périclès, Thucydide, II, 13. L’erreur des Athéniens sur le montant de la fortune supposée d’Égeste, Thucydide, VI, 46, s’explique par la conviction que la vaisselle d’argent qui leur est présentée, qu’elle appartienne aux dieux ou aux particuliers, peut être convertie en monnaie. le rider, de cAllAtAÿ, 2006, p. 175-191, (cf. de cAllAtAÿ, 2006) insistent bien sur l’importance des métaux précieux conservés sous une forme que monétaire. 19 picArd, 2005. 20 FigueirA, 1986, p. 65-165. sAlmon, 1984, p. 170-174. krAAy, 1976, p. 42-43 et 68-78. monnAie et circulAtion monÉtAire à l’Époque clAssique 115 faisant d’Athènes le principal atelier de Grèce21, mais que faire de cet argent ? Forçons le trait en disant que la construction des trières est présentée à l’assemblée comme le meilleur investissement possible pour la cité. Les Modernes ont insisté sur le contexte militaire en présentant la décision comme une mesure de circonstance, face à la menace perse. Mais Hérodote était bien renseigné quand il évoquait la flotte d’Égine comme l’ennemie. La création de l’alliance maritime valorisera cet investissement par des rendements inespérés : la soixantaine de talents (prélevés sur la location des mines) que coûte le renouvellement de la flotte rapporte quelque 450 talents de phoros, sans parler des revenus annexes. Je n’insiste pas sur la circulation monétaire dans l’archè athénienne, sinon pour souligner que la circulation des chouettes autour de l’Égée n’a pas pratiquement pas laissé de trésor22. Les trouvailles au Proche-Orient correspondent à une exportation de métal. Celles en Occident ont été expliquées par la fondation de Thourioi, et surtout par l’expédition de 415 qui a exigé un apport massif d’agent. En Égée, les chouettes éliminent quasiment tous les autres monnayages, bien avant que soit édictée l’interdiction aux alliés de frapper monnaie23, à l’exception de l’éginétique. Ceux qui subsistent sont ceux de cités de la périphérie, sur la côte thrace et en Asie Mineure, où manifestement ces monnaies servent aux échanges avec les peuples de l’arrière pays : on en a la preuve pour Thasos, dont on retrouve des trésors en Thrace où sa monnaie fut imitée24. J’analyserais de la même manière les monnayages d’Ionie et surtout les importantes émissions de statères d’électrum de Cyzique : leur volume dépasse de beaucoup les besoins d’une simple cité, et doit être mis en relation avec l’activité financière de toute la Propontide, de la satrapie de Daskyleion à la Thrace. Le développement de l’usage de la monnaie pendant la guerre du Péloponnèse. La guerre entraîne évidemment un grand développement de l’usage de l’argent dans des populations qui durent en plusieurs régions se réfugier derrière ses remparts. C’est d’abord le cas de la population athénienne, où des centaines de paysans découvrent le mot « j’achète » inconnu au village. Ce trait d’Aristophane25 apporte une mise en garde, bien ténue, sur les limites de la diffusion de la monnaie. Les besoins de financer les opérations ont suscité diverses innovations, dont trois au moins sont importantes. Celle qui produisit le plus d’effets à long terme est l’introduction en Grèce du monnayage de bronze qui se fait dans le camp anti-athénien26 : Corinthe avait appris à connaître ce numéraire par ses contacts avec la Syracuse et la Sicile, mais elle le rénove, en le réservant d’abord à la plus petite dénomination, le chalque, qui vaut 1/12e d’obole. Corinthe ouvre une voie très féconde, ce qui montre que l’innovation monétaire n’est pas un monopole 21 C’est ce que montre la part prépondérante des monnaies d’Athènes dans le trésor d’Assiout (enfoui vers 475), l’ensemble le plus significatif de la circulation monétaire entre le monde grec et l’Empire achéménide dans la suite des guerres médiques, price, wAggoner, 1975. 22 Ils sont étudiés par FlAment, 2007. 23 Étude récente du texte par FigueirA, 1998, à compléter par hAtzopoulos, 2000-2003, et 2005, qui prouve qu’il s’agit bien d’une interdiction totale, édictée vers 425. 24 picArd, 2000c. 25 Aristophane, Acharniens, 33-36. 26 Sur les débuts du monnayage de bronze à Corinthe et dans le Péloponnèse, cf. picArd, 1998 ; psomA, 1998 ; grAndJeAn, 2007. 116 Olivier PicArd d’Athènes, où la nouvelle monnaie est longtemps bannie27. Ailleurs le succès est rapide28, notamment en Macédoine à partir du règne d’Archélaos29. La grosse monnaie de la guerre du Péloponnèse, c’est le tétradrachme attique, mais la demande est telle qu’il fait défaut, surtout après l’arrêt de l’exploitation du Laurion en 413. On le pallia par la frappe d’imitations, dont la production se poursuivra et même se développera au iv e siècle. La qualité métallique de la plupart de ces imitations est excellente et leur apparence si fidèle que leur identification fait actuellement débat. Certaines ne posent aucune difficulté ; c’est le cas de celles frappées par Cyrus le Jeune en Lydie, qui portent son nom30. Plus complexe est le cas de celles qui ne portent aucune marque, d’autant plus que la qualité artistique des chouettes est souvent pauvre. L’attention a été attirée sur le problème par la découverte du trésor de Tell el Maskhouta31, en Égypte, qui comportait un nombre très élevé de chouettes datant à première vue du ve siècle (l’œil de la déesse étant représenté de face, « en amande », et non de profil), dans un ensemble qui était incontestablement du iv e ; y reconnaître des imitations faites à partir de modèles plus anciens résolvait le problème. La découverte par la suite de la loi monétaire athénienne de 37832, qui traite de manière ambiguë le cas des pièces de types mais non de fabrication attique a relancé la discussion. Th. Buttrey suggérait des critères de distinction qui impliquait la frappe d’un nombre très élevé d’imitations33. Un jeune chercheur, Chr. Flament, dont le livre paraîtra prochainement à Louvain34, défend avec de bons arguments la position inverse : il admet qu’après les dévastations de 480, l’activité minière atteignit à nouveau son maximum vers 460, quand commença ce qu’il appelle d’un nom suggestif « la phase standardisée »35 (qui est caractérisée notamment par la fixité du schéma des deux mèches sur le front de la déesse). Les frappes monétaires étaient alors si abondantes que l’atelier employait parallèlement plusieurs graveurs aux mains différentes, ce qui explique l’existence de menues variantes dans le modèle de base. Bien des prétendues imitations s’avèrent dès lors être d’authentiques chouettes. La question n’est pas mince : c’est celle de la place réelle du Laurion et de la production athénienne dans la circulation monétaire en Méditerranée jusqu’à Alexandre, même s’il est incontestable que le prestige financier d’Athènes confère à la chouette la primauté dans les échanges financiers. 27 28 g rAndJeAn, 2007, analyse les raisons de la résistance d’Athènes à l’adoption de la monnaie de bronze. Le bronze est introduit en Ionie, sous une forme originale que fait connaître un trésor qui sera publié par K. Konuk, probablement dès les années de la révolte contre Athènes à partir de 413. N. Stamboulidis signale dans une communication encore inédite de septembre 2006, la découverte d’un chalque de Ténédos à Eleutherna (Crète) dans un dépôt clos des années 425. Sur l’introduction du bronze à Thasos en 390, cf. picArd, 2000a. PsomA, 1998 ; picArd, 2003. weiser, 1989. IGCH 1649, trouvé près d’Ismaïlia, cf. roBinson, 1947 ; nAster, 1948. Publiée par stroud, 1974, cette loi continue à susciter beaucoup de discussions, cf. en dernier lieu, grAndJeAn, 2007. Buttrey, 1982. FlAment, 2007 ; ses thèses sont discutées. s tArr, 1970, à consulter pour la reprise du monnayage après 478, prolonge cette phase jusqu’en 449, au moment de la « Paix de Callias ». 29 30 31 32 33 34 35 monnAie et circulAtion monÉtAire à l’Époque clAssique 117 La guerre du Péloponnèse a eu pour effet majeur de rendre désormais l’argent aussi indispensable à la guerre sur terre qu’à la guerre maritime. Cela entraîne renouveau de l’éginétique, qui reste le principal étalon de la péninsule grecque. Le rôle principal n’est plus désormais joué par les tortues, mais par les boucliers béotiens. Thèbes et ses alliés font preuve à cet égard d’une incontestable supériorité financière sur Sparte. Mais autant l’origine et les circuits de l’argent étaient clairs au v e siècle, autant ils sont obscurs au iv e. A aucun autre moment de son histoire, la Béotie ne frappe autant monnaie. Cela traduit incontestablement une intense utilisation de la monnaie dans le jeu des institutions et dans la pratique de la guerre, que l’historien est tenté de porter au crédit des nouveaux dirigeants. Mais nos sources sont des plus restreintes et nous ne savons pas comment le Koinon se procurait le métal. A partir de 356, la guerre sacrée comporte un enjeu financier indubitable, contrôler les revenus du sanctuaire d’Apollon à Delphes. La numismatique nous renvoie une image bien différente de la tradition littéraire : les Phocidiens, dénoncés comme les voleurs des trésors d’Apollon, ont un monnayage modeste36, ce qui n’est pas le cas des Locriens d’Oponte (pour ne plus parler de Thèbes), ni, dans le Péloponnèse, de Sicyone, dont le monnayage dépasse largement les besoins de la cité : les indices qui parlent de l’existence d’un marché de mercenaires dans la cité méritent d’être pris en considération. Les comptes de Delphes attirent l’attention sur une pratique financière remarquable. L’éginétique utilise trois pièces principales, le statère (qui cessera pratiquement d’être frappé à partir du iiie s.), le triobole (quart de statère) et l’obole, désormais de plus en plus remplacée par le bronze37. Le triobole continuera à jouer un rôle essentiel jusqu’à la fin du monnayage grec sous Antoine, notamment parce qu’il sert au paiement de la solde38. Nombre de petits États soulagent leurs finances en réduisant le poids du triobole, qui cesse d’être une monnaie complète (oloscherès), pour devenir déficitaire (apousia) quitte à en rendre le change difficile, comme on le voit lors de la frappe du nouvel amphictionique39. Le glissement du poids du triobole éginétique depuis le iv e siècle est une des constantes de l’histoire monétaire de la péninsule grecque. Des chouettes aux alexandres Le premier succès majeur de Philippe II fut d’obtenir le contrôle complet des mines du Pangée, qui resteront très actives jusque dans les années 280. Cela lui assure un monnayage abondant40, dont la finalité est incontestablement militaire. Ces pièces ne circulent guère au Sud de l’Olympe (sauf la monnaie d’or, de poids attique) et le roi n’a pas cherché à imposer sa monnaie aux cités qui entraient dans son alliance41. En revanche la dispersion des trésors des tétradrachmes au cavalier dans tout l’espace thraco-macédonien, jusque très loin au 36 williAms, 1972. Pour le monnayage de bronze des Phocidiens, picArd, 1984. 37 Une loi de Gortyne fixe les modalités du remplacement de l’obole par la monnaie de bronze, voir JAckson, 1971. 38 Xénophon, Helléniques, V, 2, 21. 39 picArd, 1988 et 1997. mArchetti, 1999. 40 le rider, 1977 et 1996. 41 On a longtemps cru que la mainmise du roi sur une cité entraînait l’arrêt de son monnayage, ce qui a causé des erreurs dans la chronologie des monnayages thessaliens et de ceux des cités du Nord de l’Égée, voir mArtin, 1986. picArd, 1990. 118 Olivier PicArd Nord, dans la basse vallée du Danube, permet de mieux apprécier l’intégration des peuples thraces dans la machine de guerre macédonienne. Mais c’est un phénomène limité au Nord des Balkans. En revanche, la conquête de l’Empire perse par Alexandre a des conséquences capitales sur la circulation monétaire dans le monde grec : le contrôle de nouvelles mines, dont celles du Taurus, la saisie des trésors achéménides, la réorientation des grands axes maritimes. L’acquis des dernières années, à la suite des travaux de G. Le Rider42, a été de montrer que ceci s’est fait lentement, sans plan préconçu et qu’il n’y a pas eu « d’impérialisme monétaire » du Conquérant. Les nouveaux types monétaires des tétradrachmes d’argent, les fameux alexandres, à la tête d’Héraclès et au Zeus trônant, ont été élaborés à Tarse et ne seront frappés qu’en petit nombre et dans très peu d’ateliers (Tarse, la Phénicie, Babylone, Amphipolis) jusqu’à la mort du Conquérant. Ces ateliers sont identifiés de manière certaine et les trésors trouvés en Macédoine montrent une remontée vers le Nord des pièces frappées au Proche-Orient et à Babylone, phénomène qu’on a proposé de mettre en relation ave le « retour des mercenaires », mais qui a certainement une signification plus large. Deux événements me paraissent marquer la fin des schémas de circulation monétaire de l’époque classique : la résistance victorieuse de Rhodes au siège de Démétrios Poliorcète et le pillage de l’Attique par le même roi en 295. Le premier assure l’indépendance et la gloire de la cité portuaire la mieux placée pour tirer le meilleur profit du développement des échanges maritimes vers le Proche-Orient et l’Egypte. Rhodes avait frappé au iv e siècle de beaux tétradrachmes. Elle va abandonner ce monnayage lourd au profit de pièces plus légères, en particulier les trioboles qui seront dans les siècles suivants les monnaies les plus populaires de la mer Égée. Le pillage de l’Attique détruit une nouvelle fois les installations minières du Laurion mais, comme l’ont montré les fouilles de Thorikos43, c’est la dernière fois : les mines sont épuisées, on pourra encore tirer un peu d’argent des déchets antérieurs, mais la grande époque du Laurion est terminée et avec elle une première phase de l’histoire de la circulation monétaire. Monnaie et politique monétaire Une première phase, c’est-à-dire une phase d’essais, de développements, de réformes et d’innovations successives se termine alors. Devant des historiens français, qui font traditionnellement une part beaucoup plus grande au rôle de la cité que leurs collègues anglo-saxons, je n’ai pas à insister sur le fait que la transformation des chrèmata (objets de valeur) en nomismata, c’est-à-dire la frappe de la monnaie dans les cités (ou les royaumes) relève bien d’une politique monétaire. Ces politiques de production et de gestion de la monnaie sont toutefois d’autant plus difficiles à élucider qu’en ces débuts, les faits anciens ne peuvent être expliqués par des documents du iv e s. L’analyse de la gestion des fonds de la guerre par Thémistocle pendant la seconde guerre médique44 montre comment, en l’absence des contrôles qui seront mis en place plus tard, peut-être dès les réformes d’Éphialte, les 42 le rider, 2003. 43 m ussche, 1998. Le trésor de Thorikos 1969, IGCH 134, est le témoin du pillage de site, Bingen, 1973, 44 Hérodote, VIII, 4-5. Plutarque, Thémistocle, 7, 6-7. monnAie et circulAtion monÉtAire à l’Époque clAssique 119 mesures du stratège prêtaient aisément le flanc à l’accusation de corruption. La découverte récente du « trésor » des fonds publics d’Argos et de ses tablettes de bronze45 atteste, encore au début du iv e s., des formes de maniement de l’argent qui paraissent très archaïques : les plaques de bronze et sans doute aussi l’argent sont contenus dans des cuves de pierre, fermées par un couvercle dont le poids pouvait atteindre une tonne ; il fallait plusieurs hommes dont plusieurs magistrats pour les ouvrir et avoir accès à l’argent. C’est sans doute Athènes qui a le plus contribué à améliorer les procédures de gestion de l’argent public, mais bien des questions restent obscures. C’est le cas notamment du rapport entre l’exploitation des mines et la frappe de la monnaie. Dans un article récent, Fr. de Callataÿ a nié l’existence dans l’Antiquité de la frappe libre46, cette disposition législative du xix e s. qui permettait à tout un chacun d’apporter du métal précieux à une banque centrale et d’en obtenir la contrepartie en monnaies précieuses. Sur le principe, il n’est pas douteux qu’il ait raison. La plupart des ateliers anciens ont une activité sporadique et frappent monnaie pour répondre aux besoins de la cité. Certains cas posent cependant problème, notamment celui des relations entre l’atelier et l’activité minière. Selon toute vraisemblance, l’adjudication des mines est une procédure qui remonte au début de l’exploitation, parce que le sous-sol appartient à la cité47. La cité dispose de ses revenus en monnaies. Quand se fait la conversion du métal en pièces : après paiement du loyer, quand il appartient déjà au domaine public, ou aussitôt après la fabrication des lingots dans les creusets ? Au iv e siècle, il est clair que, chaque mois, les apodectes reçoivent en paiement des pièces de monnaies ; les documents du C. Pantainétos 48 distinguent bien entre l’argyritis, le métal, que les esclaves extraient et l’argyrion, argent monnayé, qui est obtenu de ce métal et qui sert à payer le trésor public et les créanciers : l’argyritis a dû être portée tout de suite à l’argyrokopeion, d’autant plus que l’entrepreneur minier avait des dettes et avait un besoin urgent de liquide. Qu’en était-il au début du v e siècle ? Malgré ce que j’ai dit ci-dessus sur les risques d’anachronisme, rien n’incite à penser que la pratique ait changé dans l’intervalle. Du point de vue financier, l’innovation la plus remarquable est, nous l’avons dit, la création de la monnaie de bronze, qui prend en Grèce des formes bien différentes de celles de la Sicile. Le bronze fournit un instrument financier bien adapté aux armées permanentes qui se forment alors, dont la solde est versée sous deux formes, des paiements rapprochés en nature ou en petites espèces pour le ravitaillement quotidien et le gros de la somme, en grosses espèces à la fin de la campagne. Par la suite, le bronze s’avère également le meilleur moyen de paiement pour les misthoi des citoyens49. La monnaie de bronze est toujours comptée comme un sous-multiple de l’argent qui reste l’étalon de référence (comme pour l’or) et 45 Elles seront publiées par Charalambos Kritzas, qui a déjà donné quelques informations préliminaires, voir CRAI 2006 (à paraître). 46 de cAllAtAÿ, 2005 47 Nous n’avons de renseignements qu’à partir de la deuxième moitié du ive. Le système d’adjudication et de perception des fermes a pu évoluer, mais on ne voit pas que la cité ait connu un autre système de mise en exploitation. 48 Aristote, Const. Ath., 48. Démosthène, C. Pantainétos, 28 et 21. 49 Ce pourrait être le cas du versement de l’indemnité de présence à l’assemblée à Iasos, gAuthier, 1990 ; delrieux, 2001. 120 Olivier PicArd dans les comptes, dès que les sommes atteignent la valeur de l’obole, elles sont exprimées en dénominations d’argent, ce qui a souvent masqué l’importance de l’emploi des bronzes. La multiplication de la frappe des bronzes apporte une manne de renseignements à l’archéologue, car ceux-ci sont nombreux dans les fouilles. Les publications commencent à se multiplier mais elles manquent d’études cartographiques. Le bronze est probablement le meilleur indicateur pour délimiter les « marchés régionaux », thème très à la mode. Pour ne prendre qu’un exemple, les monnaies trouvées à Thasos montrent bien que la cité appartient à une entité régionale qui va des cités de Chalcidique (et plus tard de Macédoine) jusqu’à Ainos et l’entrée des Détroits, et, vers le Sud, Samothrace et Lemnos ; elle est beaucoup plus tournée vers la côte d’Asie Mineure que vers les Cyclades et la péninsule grecque. D’autre part, il curieux de constater que les zones de trouvaille des bronzes thasiens (qui sortent peu de la région) sont sans aucun rapport avec les zones d’exportation du vin thasien, qui se fait principalement en direction de la mer Noire50. Les Modernes soulignent le bon marché de cet alliage où seul l’étain est onéreux, mais dont le prix d’ensemble doit se situer aux alentours du 1/120 e de l’argent. Un célèbre décret monétaire de Sestos, de la fin du iie siècle mentionne les revenus que la cité peut retirer de la frappe51, à côté du prestige que lui vaut sa monnaie. En réalité, le coût de fabrication des pièces de bronzes est beaucoup plus élevé proportionnellement que celui de l’argent52 et le bénéfice n’est pas de même ampleur. Les pratiques des cités grecques dans ce domaine ouvrent d’intéressantes perspectives sur la retenue des cités dans ce domaine. On pourrait penser que celles-ci, qui sont souvent impécunieuses, auraient trouvé dans la frappe dse bronzes un procédé qui ne se heurtait à aucune limite financière pour assurer la trophè des citoyens les plus démunis et assurer de la sorte la cohésion du corps social. Strabon fait gloire aux Rhodiens d’avoir rémunéré ainsi, à l’époque hellénistique, une partie de leurs concitoyens53. Bien des dirigeants, qui étaient par ailleurs des hommes d’affaire avisés, devaient être au courant des possibilités offertes par ce numéraire. Or, on est au contraire frappé par leur modération. Dans les procédés financiers du livre II de l’Économique du Pseudo-Aristote, la frappe du bronze est encore présentée comme un moyen exceptionnel, permettant de répondre à certaines difficultés, à condition d’avoir obtenu la confiance des utilisateurs : l’exemple typique est celui de Timothée devant Olynthe54, à un moment où pourtant le bronze est en usage depuis plus de trente ans. Thasos adopte la monnaie de bronze en 390 et en frappe régulièrement au iv e siècle. Autre question de grande importance, la place de la circulation monétaire entre l’économie et la guerre. La tendance, de nos jours, est de limiter la portée économique de la monnaie pour insister sur ses dimensions militaires55. Les auteurs anciens, qui privilégient 50 picArd, 1994. 51 OGIS 339, étudié par roBert, 1973. 52 On estime celui-ci entre 3 et 5 %, notamment à partir du taux de change des monnaies des alliés à Athènes. 53 Strabon, XIV, 2, 5. migeotte, 1989. 54 Ps.-Aristote, Économique, II, 2, 23a. psomA, 2000. 55 Ce fut le thème de la journée d’étude Guerre et Monnaie en Grèce ancienne, 2000. monnAie et circulAtion monÉtAire à l’Époque clAssique 121 les récits de guerre, poussent dans ce sens. La distinction peut paraître parfois artificielle, tout particulièrement dans le cas d’Athènes, où il est impossible de séparer le financement de la flotte de ses retombées proprement économiques, à la fois dans la production et dans la distribution comme l’indique l’hymne aux « maîtres de la mer » que compose malgré lui le Vieil Oligarque56 ; la nécessité de se procurer les sommes nécessaires au paiement du tribut a eu un effet d’entraînement sur le développement de la monétarisation dans les cités alliées : qu’on songe aux difficultés que devait rencontrer Sériphos, qui passait pour la plus pauvre des cités, pour réunir chaque année au moins un talent. Nous sommes beaucoup moins bien renseignés sur les effets économiques de la solde versée aux troupes terrestres. En l’absence d’un centre financier du système comparable à Athènes, ils sont beaucoup plus dilués. Notre ignorance tient surtout à l’absence de sources. Un exemple : Philippe II laissait 500 talents de dettes à sa mort et son fils en emprunta 800 autres57 ; l’importance des sommes mentionnées implique l’existence d’une part de toute une série de prêteurs et d’autre part d’institutions, même simples, pour gérer la dette ; rien n’en est connu. Un mercenaire célèbre, Xénophon, raconte ce qu’il fit de l’argent gagné58, qui lui fut apporté à Olympie, par un procédé de transfert de l’argent pour le moins archaïque : il acheta des terres pour construire un sanctuaire. Son comportement n’est pas très différent de celui, deux siècles plus tard, d’Archippè de Kymè59, dont les textes éclairent bien des aspects de la gestion de l’argent. Tous deux nous rappellent que les dépenses du culte, ce qu’Athènes au iv e réunit dans la caisse du theorikon, font pendant dans les dépenses de la cité à celles du stratègikon. Or le v e et plus encore le iv e voient les sanctuaires adopter l’usage de l’argent pour remplir leurs fonctions, à l’exemple d’Athènes, comme le montrera bien la publication en cours de l’étude des finances d’Apollon à Délos 60. La professionnalisation des technites dionysiaques 61, surtout connue à partir du iiie siècle, va dans le même sens. La multiplication de la gravure sur pierre de calendriers sacrificiels, qui précisent le montant des sommes allouées à l’achat des victimes, en particulier dans les dèmes attiques, me paraît indiquer que le dème est alors assuré de disposer de l’argent, sans doute parce que celui-ci provient de la location de terres ou du prêt de capitaux. Les difficultés sociales de la Béotie à la fin du iiie siècle, à un moment où elle ne joue plus le rôle militaire qui fut le sien au iv e siècle, révèlent l’importance des emprunts qui irriguent la vie des campagnes. Le moraliste Polybe voit dans l’endettement une faute de ses habitants. L’historien de l’économie aura un point de vue différent. Il est difficile d’apprécier l’importance de la circulation monétaire à l’époque classique aussi bien à l’intérieur des cités, dont chacune constitue autant de marchés financiers particulier, qu’entre les cités. Je voudrai terminer par une remarque : la cité place en général 56 Ps-Xénophon, Const. Ath., II, 1, 4, cf. leduc, 1976. 57 Quinte Curce, X, 2, 24 (discours d’Opis) ; Arrien, Anabase, VII, 9, 6. reBuFFAt, 1983. 58 Xénophon, Anabase, V, 3, 6. Notons ici que la fortune ultérieure de Xénophon doit moins à l’argent gagné dans son expédition qu’à l’amitié qu’il sut nouer avec Agésilas. 59 picArd, 2006a. 60 chAnkowski, à paraître. 61 le guen., 2001, p. 95-104. 122 Olivier PicArd ses réserves financières dans le sanctuaire du dieu dont elle fait figurer l’effigie au droit de sa monnaie. Une part importante des revenus financiers sert à assurer le culte de ce dieu dont la bienveillance assurera en retour la prospérité de la cité. La monnaie est alors l’élément moteur d’un circuit à la fois idéologique et financier qui sous-tend la circulation monétaire. Bibliographie Bingen, J., 1973, Le trésor monétaire de Thorikos 1969, dans J. Bingen, J. De Geyter et D. Deraymaeker éd., Thorikos, Rapport préliminaire, 6, Bruxelles. Buttrey, th. v., 1982, Pharaonic Imitations of Athenian Tetradrachms, dans T. Hackens et R. Weiler, Proceedings of the 9th International Congress of Numismatics, Berne septembre 1979, Louvain. chAnkowski, v., à paraître, Athènes et Délos à l’époque classique : recherches sur l’administration financière du sanctuaire d’Apollon délien, École française d’Athènes. conophAgos, C., 1980, Le Laurium antique et la technique grecque de la production de l’argent, Athènes. de c AllAtAÿ, Fr., 2005, La frappe libre a-t-elle existé dans l’Antiquité gréco-romaine ? 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